Sonner la mobilisation

Le dernier plan social d’Alstom n’a pas encore eu de répercussion directe sur les chiffres du chômage dans le Territoire de Belfort, mais l’Adebt n’est ni sourde ni aveugle : malgré tous les efforts des acteurs du développement économique - qu’ils soient de l’Etat, des chambres consulaires, des collectivités - le constat est d’ores et déjà sévère.
En août dernier, on décomptait ainsi 6300 demandeurs d’emplois dans le Territoire (en données corrigées des variations saisonnières), contre 3500 en juillet 2001. Ce sont donc quelque 2800 hommes et femmes qui sont venus grossir les rangs du chômage en trois ans.
Une analyse, même sommaire, de l’évolution des effectifs des entreprises de plus de 50 employés, au cours du même laps de temps, montre que 1300 emplois ont disparu dans l’industrie, tandis que le tertiaire présentait un solde positif de 400 emplois – soit, globalement, un solde négatif de 900 emplois, à rapprocher des 2800 demandeurs d’emplois supplémentaires déjà évoqués…

Voici qui appelle déjà plusieurs réflexions, contraires à bien des idées reçues. Tout d’abord, les difficultés des entreprises de plus de 50 emplois ont certainement contribué à la détérioration observée, mais les dommages collatéraux s’avèrent plus importants encore.
En outre, la tendance calculée sur les trois dernières années se confirme, avec la perte mécanique de 450 à 500 emplois industriels par an en moyenne (et rien n’indique une inversion de tendance).
Enfin, la substitution par le tertiaire s’opère, mais insuffisamment. Toujours sur la même période, le tertiaire n’a créé que 150 emplois par an, même si l’année 2002 a été plus favorable.
Ainsi, fin 2003, le Territoire comptait 35 626 salariés du secteur concurrentiel, ce qui nous ramène quasiment aux chiffres de 1999.

Pour sortir de la spirale du déclin, c’est un véritable « plan Marshall » pour l’emploi qu’il convient d’enclencher. Conçu sur trois ans, son objectif pourrait être de créer 600 emplois en solde net, soit 1000 à 1100 emplois immédiats, tous secteurs confondus, en tenant compte du plan social d’Alstom sur le seul Territoire de Belfort. Ce faisant, nous n’aurions modestement fait que rattraper la moyenne nationale…
Un objectif véritablement ambitieux consisterait plutôt à viser la création de 1400 à 1500 emplois par an, tous secteurs confondus, pour compenser la perte d’emplois industriels à venir, et ce pendant trois ans. C’est seulement à ce prix que nous retrouverions une situation de l’emploi identique à celle connue à la fin du premier semestre 2001.
Lorsque l’on sait que Montbéliard connaît la même situation, on peut s’interroger à propos du bien-fondé de l’ambition fixée à 1000 emplois en trois ans pour l’Aire urbaine, dans le contrat de redynamisation du Ciadt de décembre 2003 – puisque, comme on vient de le voir, le besoin réel s’avère neuf fois supérieur !

Pour le Nord Franche-Comté, l’heure n’est plus aux atermoiements mais à la mobilisation de tous les acteurs régionaux sans exception, et avec tous les moyens disponibles.

Pierre Salomon